mardi 23 novembre 2010

Bergère, ma chère

J'ai 22 moutons.
J'ai un jardin.
J'ai les plus belles étoiles le soir.
J'ai un four en terre cuite.
Calvaire qu'on est bin.
Pas plus de temps.
Bisoux plein de terre.

lundi 22 novembre 2010

Même les saintes ont de mauvaises intentions

Visiblement, j'accumule les situations précaires au fur et à mesure qu'avance le temps.
J'ai pris une journée de congé Dimanche, redoutant que quelques-uns soient toujours fâchés contre moi pour la ridicule histoire du ballon.
J'arrive ce matin, tout est normal. Tous me saluent, les adolescents de la A aussi.
J'étais contente et tout allait bien.

Mais voilà que le vent tourne et que la Tia Maria, celle des ados de la A (et de Jordin), me prend par le bras et m'entraîne loin des regards curieux.
Elle se met alors à chuchotter, comme elle le fait toujours quand elle parle contre les employés de l'Aldea. Ça s'annonce mal.

En gros, une autre Tia (dont elle refuse toujours de me révéler le nom à l'heure qu'il est), est venue la voir, disant que j'avais une relation apparament trop ''proche'' avec Jordin et qu'ils nous soupconnent d'entretenir une relation. Que je sois amoureuse de lui, ou que lui soit amoureux de moi. Pire, les deux.
Je vous rappelle que le petit a tout juste 13 ans.
Depuis que la grosse conne de Tia en a parlé à la Tia Maria, tous les enfants se sont mis à se moquer de Jordin. Lorsque je passe près de lui, ils crient mon nom. Lorsqu'il passe près de moi, ils crient son nom.

Le pauvre m'évite donc, ce que je comprend tout à fait. La Tia Maria a peur que la directrice entende parler de cette connerie. Moi, je ne m'en fais pas avec ça parce que la directrice connait très bien mes intentions et a une image assez claire et nette de moi pour savoir que je n'ai AUCUNE mauvaise intention à son égard. Je suis comme sa soeur.

Alors là c'est la démandade. Tout le monde me parle de Jordin, les enfants ne le laissent pas tranquil et le pauvre, se promène tout seul à gauche à droite pour essayer de fuir les metteux de merde.

Moi, je suis complètement découragée par la situation. J'ai parlé aux filles les plus dérangeantes, j'espère que ça va s'arranger. Mais qu'une tante OSE même penser un truc pareil,ça, je ne le digererai jamais.

C'est bien la preuve que même les Saintes ont de mauvaises intentions.
J'hais les Saintes.

dimanche 21 novembre 2010

Crise de nerfs numéro 1

Ca leur aura pris 4 jours pour me faire pleurer. Quatre jours pour que je me convainque qu’il est tres peu sain pour ma santé mentale et émotionnelle d’organiser pour eux des activités chaque jour. Normalement, il ne se passe rien le Samedi a l’Aldea. Hier, Jordin m’avait confié qu’ils s’emmerdaient a force de toujours faire la meme chose. J’ai donc voulu changer un peu la routine en organisant, toute seule, une chasse aux trésors pour tous les enfants de l’Aldea. Pour les 75 enfants de l’Aldea. Je me rends au centre d’achat pour me procurer quelques sucreries que je cacherais au meme endroit que les índices, dispersés un peu partout sur le terrain. J’en profite pour acheter un ballon de Futbol que je donnerais aux participants. Le jour d’avant, ils s’étaient presque battus pour utiliser le ballon d’un petit qui ne voulait pas le preter. L’idée du ballon de Fut me paraissait alors tres d’actualité. Ca m’a couté 20 soles. J’arrive a l’Aldea puis je prends environ deux heures pour cacher les índices, les bonbons et le trésor, pour leur expliquer maison par maison le fonctionement du jeu. A peine aie-je le dos tourné que je vois 2 jeunes en train de sortir les índices, prenant le soin de manger tous les bonbons et de remettre le tout au mauvais endroit. Ca, je m’y attendais. Je me contente d’un ‘’Si t’es pas pour jouer comme les autres, ben mieux pas jouer pantoute!’’ Ce fut assez pour les faire taire et pour qu’ils recrachent les surcreries.


Apres 3 ans á me battre pour que les Tias les laissent sortir, le jeu commence. Comme de fait, ils ne jouent pas en équipe, ne font rien dans l’ordre, se poussent, se chamaillent, s’engueulent et trichent. Ca aussi, je m’y attendais. Alors que l’orage se rapproche et que s’accumulent les emballages de bonbons sur le sol, 2 équipes m’arrivent en meme temps, leurs índices en main. Ils se jettent sur moi et se poussent pour etre les premiers et espérer gagner le trésor en question. Premiere équipe, la Casa A: les grands ados, orgueilleux, chiants. Mes préférés. En secret, bien sur. Deuxiéme équipe, la Casa B et C: beaucoup plus petits. Je révise d’abord les réponse de la A, de peur qu’ils me renient tout le reste de leur existence. Il leur manquait un índice, tandis que l’équipe B-C avait tout complété correctement. Je les félicite. Apparament, je n’aurais pas du, parce que les garcons de la A se mettent a me crier derriere la tete et a me lancer des regards assasins. Je m’essaye avec un ‘’de toute facón, le prix c’est pour tout le monde’’. Puis, je sors le ballon que je lance dans les airs. Ce n’était visiblement pas assez pour me faire pardonner. Ils ont pris le ballon, toujours prets a me tuer pour ne pas les avoir fait gagner et sont partis, sans meme un merci. Ni un. Tous étaient la a se chicaner comme des barbares pour avoir le foutu ballon. Comme si ils n’avaient pris aucun plaisir au jeu lui-meme, comme si ils n’avaient joué que pour le maudit prix. Tous étaient la a me gueuler apres qui aurait du gagner, qui n’aurait pas du. Comme si je n’avais pas passé 5 heures a tout préparer, comme si je n’avais pas fait ca pour eux. Comme si, au bout du compte, c’était juste pour les faire suer. Et bien la, c’est moi qu’ils ont fait suer. Ils continuaient a se chicaner. Jordin m’a envoyé un regard choqué. Un regard qui ne pardonne pas. Il releve le mentón l’air de dire: c’est quoi ton problema. Je n’en crois pas mes yeux et je sens alors des petites émotions monter dans ma gorge. Je tourne les talons, passe la porte. Personne ne me salue.


J’attends l’autobus de l’autre coté de la rue, bien déterminée á ne revenir que 3 jours plus tard pour qu’ils comprennent á quel point parfois (souvent), ils font chier. Je me sens comme une vieille chaussette aux objets perdus. Exactement comme une vieille chaussette aux objets perdus. Je suis restée plantée la trois minutes. ‘’Fais pas ta chochotte Marianne Beaupré LaPerriere’’. Je ne sais pas si c’était la voix de ma mére, celle d’un passant ou la mienne, mais j’ai retraversé la rue, passé la porte et me suis dirigée tout droit vers le terrain de Futbol, ou 4 des ados jouaient seuls, ayant précedemment refusé de partager le ballon avec les plus petits. ‘’Donne moi le ballon’’. Á entendre mon ton et á voir mes yeux rouges, ils m’ont donné le ballon sans se faire prier.


Si j’avais été une poufiasse baveuse, fiere-pet et casse-pied, j’aurais avancé vers la poubelle et j’y aurais simplement déposé le maudit ballon. Je serais ensuite sortie en criant: In your face. J’ai fait quelque pas dans cette direction puis me suis ravisée. Comme je ne suis pas une poufiasse baveuse, fiere-pet et casse-pied, j’ai donné le ballon á la directrice en disant aux enfants: ‘’Vous vous en servirez lorsque vous aurez appris á partager’’. J’ai intitulé ce momento lá de ma vie ‘’Se faire des ennemis’’.


Ils ne m’ont crié aucune insanté. Pire, ils ont passé leur chemin sans dire un mot. Ils se sont mis á m’ignorer, á s’enfuir lorsque j’essayais de les approcher. Meme Jerson, le plus gentil des enfants, changeait de direction lorsque je l’approchais. Lorsque j’arrive finalement á lui adresser la parole, il me dit: ‘’Jordin ne veut plus te parler, ni aujourd’hui, ni demain’’.


Oui je sais, ce ne sont que des enfants. Oui oui, je sais, il faut pas s’en faire. Je sais tout ca, mais je me met quand meme á pleurer, naturellement. Je pleure beaucoup parce que vous pouvez pas savoir a quel point c’est le pire des supplices que d’etre ignorée par des enfants pour qui tu fais de ton mieux. Pour qui tu t’endettes de 700 piastres. Je pleure de rage lorsqu’une des Tias me surprend entre 2 sanglots et trouve que je fais pas mal trop pitié. La Tia veut me consoler et elle sait comment. ‘’Les enfants ne se rendent compte de rien. Ils sont habitués a recevoir. Ils ne donnent pas’’. ‘’Laisse les faire, ils vont se rendre compte eux-meme qu’ils ont tort’’.’’Moi aussi, ca m’arrive de pleurer quand ils sont méchants, comme si je ne faisais rien pour eux’’. ‘’Il faut etre forte Mariana, il faut etre plus forte qu’eux’’. Elle avait totalement raison. Elle a meme ajouté: ‘’Tu sais, pleurer ca te donne encore plus de valeur’’. De sa part, ca a fait du bien. C’est a ce momento que 4 adolescents se sont rendu compte de mon pitoyable état. Ils se sont assis pres de moi pour me consoler, ont essuyé mes larmes avec du papier de toilette. Quatre enfants, dont Jerson de la casa A qui a un trop grand coeur pour se laisser influencer par ses crétins d’amis. Il s’est empressé d’aller chercher Jordin, dans l’espoir qu’il m’explique c’était quoi son probléme. Apparament, il n’y en avait pas. Comme quoi l’orgueil fait des miracles.


Avec tous ces morveux autour de moi, cette fois je me sentais comme une vieille chaussette qu’on avait sortie des objets perdus. Certes, hors des objets perdus, mais quand meme une vieille chaussette. Avant de partir, la Tia s’est approchée de moi et m’a répété á l’oreille: ‘’Sois forte, sois plus forte qu’eux.’’ Moi qui pleurait encore, je n’ai su que lui répondre: ‘’Pleurer ne m’empeche pas d’etre forte’’. Elle m’a sourit. Les enfants aussi. Ca m’a consolé.

jeudi 18 novembre 2010

Le Grand retour

Finalement, j'y suis. Heureusement, j'y resterai. J'ai retrouvé Huancayo hier avec comme première réflexion le fait incontestable que c'est une ville terriblement laide. Après avoir revu tous ceux que j'aime, ma deuxième réflexion fut de me dire que c'est sans doute à mes yeux la plus belle ville du monde. La plus belle ville du monde.
Comme à mon habitude, j'ai débarqué de l'autobus très impatiemment, sachant que Bernabé, ami et directeur de l'organisme, m'attendait à quelques mètres. J'ai été soulagée, rassurée de déposer mes valises dans sa vieille coccinelle orange, de sentir l'odeur du gaz s'échapper par devant et par derrière de l'automobile, d'emprunter les rues principales, de conduire sans permis, puis de faire quelques détours pour éviter la police. D'entendre les klaxons, de mourir de peur dans le trafic. Rassurée de voir que rien n'avait vraiment changé.
En route vers la maison, Bernabé me raconte en détails les évènements des semaines passées. De beaux rêves ; des démarches ; un coup de fil ; une peine d'amour... Il se met à pleurer dans la voiture et met ses lunettes fumées pour que personne ne s'en rende compte. Moi je suis contente d'être arrivée au bon moment: durant la saison des pluies, lorsque tous les employés se sont cassés, lorsque le budget se fait tristounet, durant une peine d'amour...Oui, je suis arrivée au bon moment.
Assomée par l'altitude, grippée par la grippe et exténuée du voyage, la sieste ne me dit rien puisque je n'ai qu'une idée en tête: les enfants. À peine aie-je eu le temps de monter à l'appartement que je redescendais au pas de course, le coeur tout aussi sur les nerfs, prête à vivre la novuelle épopée, à tourner une nouvelle page blanche que j'intitulerais alors Le Grand Retour.
J'arrive à l'orphelinat. Il n'y a personne. Au loin, la directrice m'apercoit. Elle me sert dans ses bras comme si je n'étais jamais vraiment partie, et m'indique le parc, là où se trouvent tous les autres. On saute dans la coccinelle. À travers les barrières, je reconnais quelques visages. Celui de Gladis, de Soledad. Je cherche encore. J'ose à peine avancer tellement j'ai les jambes molles. Je n'aurais jamais cru que quelques morveux pourraient me faire tant d'effet. J'avance lentement, avec tout plein d'appréhension. Je pose un pied sur le petit pont. J'entends: ''SEÑORITA MARIANAAAA!'' Je reconnais tout de suite la voix de Fernando et je vois sa grosse face qui coure vers moi. Tous se retournent d'un bond. Comme si c'était une blague. Ce n'était pas une blague. Ils se sont tous, tous, tous mis à courrir comme des Bendiezs vers moi. Ils ont tous traversé le petit pont, se sont tous jetés dans mes bras en criant mon nom. Tous, sauf un.
Un sourire se dérobe à mes yeux. Je relève la tête du moton d'enfants, bien déterminés à ne plus me laisser partir. En retrait, Jordin est assis sur le rebord d'une muraille et me fixe avec un petit sourire en coin, l'air de comprendre exactement pourquoi je suis revenue; l'air de savoir très, trop pertinemment que je suis revenue pour lui, à cause de lui. J'ai finalement pu m'éclipser pour aller le voir. Ni un mot. Je l'ai pris dans mes bras, il a collé sa tête contre mon coeur et les deux en même temps, on s'est chuchoté notre petit secret à l'oreille, notre petit secret à nous deux: ''Te extrañé'' (Tu m'as manqué). Et c'était tout. Juste assez pour que je sois complètement convaincue que j'avais fait le bon choix. Je suis revenue à Huancayo. Bonne affaire de faite !
Les petits ne m'ont pas lâchés de l'après-midi. Contrairement à mes attentes, ils ne m'ont posé aucune question et se sont contentés de me bombarder de souvenirs. Ils ont relaté la pyjamada, m'ont raconté toutes les histoires qu'on leur avait enseignées. Ils se souvenaient de TOUT. Je crois ne jamais m'être sentie aussi au bon endroit, au bon moment. Lorsque venu le temps de retourner à la maison, tous me demandaient: ''Ya te vas?'' (Tu t'en va déjà?). Question à double tranchant. T'es revenue pour repartir. Tu pars quand ? Je n'ai pas voulu répondre. ''Ya no me voy'' (Je ne m'en vais plus). C'est tout ce que j'ai dit.
Ce matin, j'ai revu tous les autres enfants, ceux qui étaient à l'école la veille. Comme au téléphone arabe, le premier qui m'a vu n'a eu qu'à crier mon nom pour qu'ils sortent tous de leur Et maintenant qu'ils ont vu, ils savent que j'ai tenu ma promesse. Ils savent que je les tiendrai toutes et que la Señorita Mariana est là pour rester.
M.

mardi 16 novembre 2010

Back to Peru

En Résumé:
Le vol d'avion s'est passé comme sur des roulettes. Quel joli jeu de mots.
Depuis l'atterissage, j'ai une oreille bouchée qui m'empêche de turlutter.
J'ai revue mes amies. On a rit tout l'après-midi en mangeant de la crème glacée.
Je me suis achetée un cellulaire cheap pour combler le grand vide laissé par l'abscence d'Audrey. Dans ma tête, j'ai remplacé son nom par un numéro (0051-99-184-0257). Dans mon coeur, ni même 100 cellulaires ne pourraient la remplacer. Audrey je t'aime.
Demain, je pars pour Huancayo. J'ai déjà des ''dates'' et j'ai envie de sauter juste à l'idée de revoir mes morveux.
En résumé, je suis la personne la plus heureuse du monde.
Et je trouve ce résumé plus qu'approprié.

Marianne

lundi 15 novembre 2010

Le Grand départ et les Polzella

Cordoba est notre ultime destination avant notre séparation.
C'est en banlieue de la ville qu'on est accueillies par la famille parfaite Polzella, qui même après 3 jours ne signale aucun défault. On est reçues comme des reines, on mange comme des baronnes et on dort comme des princesses. Nous avons eu la chance d'arriver la fin de semaine, alors que Gabi et Nicolas (Maman et Papa) pouvaient nous consacrer tout le temps, ce qu'ils ont fait en nous incluant aux partys de famille/piscine creusée chauffée, en nous faisant faire une balade en auto et en nous gâtant de sucre à gauche et à droite. Les ''enfants'' quant à eux, nous traînent dans les Boliches (disco) et nous cuisinent les meilleures pizzas à la Parilla (BBQ traditionnel). Ils nous traitent aux petits oignions. À peine Marianne a-t-elle un frisson et un mal de gorge qu'ils contactent le réseau médical de Cordoba pour faire baisser le thermomètre. S'ils sont venus prendre sa température au moins 4 fois pendant la nuit, ils n'ont pas lâché la garde et lui ont bouqué un rendez-vous chez le docteur en voyant que la température montait. Sous ordonnance du médecin, la patiente, désespérée, devait sans attendre reçevoir une puissante injection dans la foufounne. Après le dit rendez-vous, maman appelle un infirmer qui s'est déplacé jusqu'à leur domicile pour la piquer. Douleur, Douleur, Douleur.
Ils insistent tous pour qu'elle ne prennent pas son avion et couvrent TOUS les frais liés à sa grippe. Le médecin, l'infirmer, les médicaments, les injections, envoye-donc. S'en est gênant.
Avec eux, pas question de payer notre café con leche, encore moins de demander la permission pour quoi que ce soit dans la maison. C'est une famille envoyée du ciel, c'est sûr.
Demain matin, alors qu'Audrey sirotera son café dans la maison de l'allégresse, Marianne regardera par le hublot l'Argentine disparaitre derrière elle et sa fesse endolorie.
Ciao Audrey.
Hasta luego Marianne.
On se retrouve le 20 décembre, au Chili.

Iguazutango

45 heures.

Une destination.

Les chutess d'Iguazu.

Comme nous n'avions pas une éternité avant le départ de Marianne, il fallait faire vite pour pouvoir nous aussi voir une des nouvelles merveilles du monde. On s'est tapé tout le trajet aller-retour en 3 jours, 3 nuits,n'avons pas dormi dans un vrai lit depuis et avons payé la peau des fesses pour y avoir droit. Et malgré tout, ca a vraiment valu le coup.


Comme une image vaut mille mots...

Que dire de plus...

Audrey: Rien !

Marianne: Non, t'oublies l'épisode du Tango, franchement !

Audrey: Non, je l'oublie pas, j'essaie de l'oublier.

Marianne: C'est moi qui raconte.

On était au restaurant, il y avait un spectacle de tango. Après quelques danses vint le moment où les danseurs aux cheveux lichés mouillés et tout de noir vêtus cherchent dans la foule de gentes dames avec qui danser le Tango. Audrey a peur. Moi je la laisse deux secondes parce que j'ai vraiment envie de pipi et quand je reviens, je vois la pauvre, collée à son Maestro, dansant comme une patate dans son vieux gilet de Mémé, sa jupe qui matche pas et ses pieds crottés qui sortent à moitié de ses souliers qu'elle n'a pas eu le temps de mettre lorsque Monsieur l'a traînée (et c'est le mot) sur la piste de danse. Lorsque je la vois, j'éclate de rire et je ne peux m'arrêter. Le regard tueur, elle m'esquisse un doigt d'honneur dans le dos de son partenaire sans se préoccuper du fait que tout le monde l'a vu dans le restaurant. Quel beau moment.

Audrey: Je le savais, je le savais, je le savais qu'il viendrait me chercher ! Calvaire ! Pourquoi t'es allée aux toilettes ? La honte. Si le Tango est la danse la plus sensuelle de toutes, moi je devais sûrement être plus près du 7 carré.

Vu la raideur, le non-enthousiasme et la non-sensualité de ses mouvements, le sexy Tangoiste raccompagne la pauvre, complètement découragée, à son siège et tend sa main à la beaucoup plus réceptive et moins pire Marianne, qui elle, à défault d'avoir l'air d'une patate, prend la peine de suivre les pas et de se bomber le torse pour sauver l'honneur du Canada.

Fin.